Embrassements (Expo Metz)

Embrassements

Du 8 Novembre au 23 décembre 2020 à la Conserverie de Metz

S’embrasser, 

Se câliner

Se bécoter, 

S’enlacer, 

Se prendre dans les bras,

S’étreindre, 

Se blottir, 

Se donner l’accolade….

La langue française ne manque pas d’expressions pour décrire les embrassements. 

Et pourtant : depuis quelques mois, il est désormais interdit de s’étreindre. 

«Arrêtez les embrassades » : la consigne officielle est placardée à chaque coin de rue, diffusée dans la presse, à la radio, sur nos écrans. Aimons-nous, oui, mais à bonne distance pour nous protéger d’un méchant virus !

Exposition-manifeste Embrassements célèbre le rapprochement des corps. 

En ces temps de distanciation qui rime souvent avec suspicion, ces images constituent une ode au toucher, à la plénitude du contact rapproché, à la nécessité du lien. Nos attaches sont bien fragiles. Alors on les rejoue devant l’objectif, quitte à se mettre un peu, beaucoup, en scène. Un tour de bras et on se sent plus forts !

Issues du corpus d’albums de la Conserverie et de mes archives familiales, cette sélection d’embrassements rappelle combien cette figure de l’étreinte jalonne les grandes étapes de l’existence.

Bien avant notre venue sur terre, nous sommes étreints.

En position fœtale, nous voici déjà blottis au chaud, bercés par le liquide amniotique. Le fœtus, mémoire biologique d’une étreinte parentale, s’avère la toute première sensation d’enveloppement physique. Pour le nourrisson, le contact peau à peau entraine la sécrétion d’endorphines, ces hormones du bien-être qui l’aideront à grandir en confiance. Plus tard, entre les bras maternels, se joue le désir de replonger dans le nid originel. Les bras de la mère apaisent et réconfortent, ceux du père rassurent et protègent. A moins que ce ne soit l’inverse…

L’enfant n’aura ensuite de cesse de renouveler l’étreinte, avec son entourage : grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes mais aussi avec les premiers compagnons à poils, à griffes ou à plumes. 

Bientôt l’âge des premières amours. Les tourtereaux savourent le bonheur sensuel de caresser leur élu, prélude à un corps à corps plus intime, loin de l’objectif photographique. Le jeune couple qui tangue collé-serré, les yeux fermés, plonge dans l’oubli de soi et des autres. L’embrassement devient embrasement. Les deux corps ne font plus qu’un. C’est la quête de l’éternelle moitié perdue.

Entre nos bras, qu’ils soient jeunes et vigoureux ou plus flétris, toute la gamme des sentiments se manifestent: le flirt, l’amour romantique, l’amitié fusionnelle, la camaraderie franche… On trouve aussi dans ces photos, les effusions/libations de fin de soirées, les salutations filiales du jeune appelé avant son départ sous les drapeaux, le désir de possession du chasseur qui pose avec une conquête dans chaque bras…. 

Du duo au trio voire plus si affinités, l’étreinte peut se décliner sur le mode collectif. Les familles nombreuses et les tribus amicales se regroupent en remparts : un corps social  qui affiche sa complicité, la revendique. Se tenir aux autres pour ne pas flancher, tenter de rester debout. 

Dans sa version ténébreuse, l’étreinte se révèle bagarreuse voire dominatrice : serrer l’autre jusqu’à lui faire perdre prise. 

Ceinturer, oppresser, étouffer, stranguler.

Que nous racontent ces images d’embrassements ? Toutes illustrent une quête inlassable : le besoin d’oublier pour quelques secondes notre intrinsèque solitude. Au contact rapproché de l’autre, il s’agit aussi d’éprouver physiquement sa propre présence, de se sentir exister. Les embrassements sont autant de façons de nous rassurer que nous sommes bien vivants. 

Remarquons pour finir combien ce sujet est hautement photographique. De prime abord, la fascination du preneur d’image s’explique par le motif très chorégraphique des corps imbriqués. Plus profondément, l’acte photographique représente une étreinte de l’éphémère. Quand il déclenche son appareil, le photographe embrasse le temps et la lumière pour mieux les soustraire à l’éternité. 

« Eternité est l’anagramme d’étreinte » (Henry de Montherlant)

Merci à Anne Delrez, qui m’a autorisé à explorer sa malle au trésor.


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